Dans le portique de l'église Ste-Marie, à Berlin, est peinte une danse macabre de plus de 22 mètres de long et de 2 mètres de hauteur, dont la création remonte à l'épidémie de peste de 1484. Elle subit une première modification au 16e siècle: on changea les angles des jambes de certaines figures dans le but de donner une plus grande impression de mouvement (de nos jours, on peut observer cette modification aisement, car le mur délavé laisse paraître à une Mort une troisième jambe!!!). En 1614, on appliqua une couche de chaux par-dessus la fresque. Elle resta ainsi ignorée jusqu'en 1860, date de sa redécouverte et de son exposition. Les guerres, le temps, la moisissure ainsi que de multiples fissures dans le mur ont grandement endommagé cette peinture vieille de 500 ans. Heureusement depuis 1987, un programme intensif de préservation et de restauration est en cours.
Les 27 figures de cette danse de la Mort sont des représentants des mondes ecclésiastique et laïque. On aperçoit tout d'abord un frère franciscain (l'artiste?) sur une chaire. Au bas de celle-ci, deux créatures étranges et difformes sont peintes, l'une jouant de la cornemuse et l'autre restant accroupie contre le sol. Ensuite défilent dans la danse un sacristain, un chapelain(?), un official, un Augustin, un Dominicain, un pasteur, un Chartreux, un docteur, un moine, un chanoine, un abbé, un évêque, un cardinal et le pape. Au centre, on retrouve le Christ crucifié en compagnie de Marie et de Jean. Cette crucifixion est un détail remarquable de la danse macabre de Berlin, car il est rare que Jésus soit représenté dans ce type d'oeuvre. À l'église Ste-Marie, il est intégré à la danse comme un quelconque autre mortel; il se plaint comme eux («Pourquoi dois-je porter une telle couronne d'épines acérées!»), reconnaît de même la nécessité de la mort («Vous devez tous mourir - c'est obligé...»), et invite les Hommes à le suivre, s'érigeant en exemple («Venez tous avec moi dans la danse macabre»). En incluant le Christ dans sa danse de la Mort, l'artiste a voulu illustrer sa conviction: le pardon de Dieu est offert à tous ceux qui se repentent.
De l'autre côté de la croix suivent les laïques: un empereur, une impératrice, un roi, un duc, un chevalier, un maire, un usurier, un gentilhomme, un marchand, un fonctionnaire, un paysan, une aubergiste et un bouffon. On remarquera que les personnages les plus importants sont les plus proches du Christ, et ce autant chez les membres du clergé que chez les laïques. Autre détail intéressant de la structure de cette fresque: la procession se dirige vers la droite, mais la Mort regarde toujours vers la gauche. Ainsi la Mort fixe toujours le spectateur qui défile devant la danse macabre. Cet effet d'illusion devait forcer l'admiration - ou l'effroi - des gens de l'époque.
La Mort forme un couple avec chaque personnage. Elle n'est pas représentée, comme à l'habitude, en un squelette ou un corps en décomposition, mais en un homme très maigre dont les os saillent sous la peau, elle est drapée dans un linceul, sauf avec le pape où elle est nue. Cette particularité de la fresque insiste sur l'idée de l'égalité des Hommes, ainsi que sur celle de l'humilité qui leur sied. À la danse macabre de Berlin appartiennent 362 vers d'un dialecte bas-allemand (Niederdeutsch), dont une partie est aujourd'hui effacée.