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1996-2013 © Patrick Pollefeys

La danse macabre, ou danse de la Mort, origine probablement de la France; on considère la danse macabre du cimetière des Innocents de Paris, peinte en 1424, comme le point de départ de cette tradition. Aujourd'hui détruite, elle nous est parvenue par un livre de l'éditeur Guyot Marchand, publié en 1485. Ensuite vinrent, entre autres, les fresques de Londres (vers 1430), de Bâle (une première vers 1440 et une seconde vers 1480), de La Chaise-Dieu (vers 1460-70), de Lübeck (1463). Pendant la deuxième moitié du 15e siècle, les danses macabres jouirent d'une popularité sans cesse grandissante. Vous pouvez admirer présentement plusieurs danses macabres sur ce site.

Généralement, les danses macabres sont peintes (ou plus rarement sculptées) sur les murs extérieurs des cloîtres, des charniers, des ossuaires ou à l'intérieur de certaines églises. Sur ces fresques, un cadavre décharné ou un squelette est couplé avec un représentant d'une certaine classe sociale. Le nombre des personnages et la composition de la danse dépendent du lieu de création. La danse macabre prend le plus souvent la forme d'une farandole. En-dessous ou au-dessus de l'illustration sont peints des vers par lesquels s'adresse la Mort à sa victime, souvent d'un ton menaçant et accusateur, parfois sarcastique et empreint de cynisme. Puis suit la supplique de l'Homme, plein de remords et de désespoir, mendiant la pitié. Mais la Mort entraîne tout le monde dans la danse: de l'ensemble de l'hiérarchie cléricale comme le pape, les cardinaux, évêques, abbés, chanoines, prêtres, en passant par les représentants du monde laïque, les empereurs, rois, ducs, comtes, chevaliers, médecins, marchands, usuriers, voleurs, paysans et jusqu'à l'enfant innocent. La Mort ne regarde ni le rang, ni les richesses, ni le sexe, ni l'âge de ceux qu'elle fait entrer dans sa danse. Elle est souvent représentée avec un instrument de musique. Cette caractéristique appartient au riche répertoire de la symbolique de la Mort et apparaît dès les débuts de la danse macabre. L'instrument évoque le côté séducteur, attirant, un peu diabolique du pouvoir d'enchantement de la musique. Pensons au chant des sirènes, au joueur de fifre de Hameln, etc. Comme eux, la Mort charme les Hommes avec sa musique.

La danse macabre du collège des Jésuites à Lucerne
La danse macabre du collège des Jésuites à Lucerne

Avant la création de la danse macabre, il existait les Vado Mori (je me prépare a mourir): poème en latin d'origine française dont les plus anciens remontent au 13e siècle. Dans ces écrits, des représentants de classes sociales variées se plaignent, généralement en deux vers, du fait qu'ils vont mourir sous peu. Dans les plus vieux textes du genre, on retrouvait un prologue soulignant le caractère inévitable de la mort et, suivant ce prologue, les couplets de onze mourants (le roi, le pape, l'évêque, le chevalier, le physicien, le logicien, le jeune, le vieux, le riche, le pauvre et le fou). Dans les versions subséquentes, le prologue est aboli et il y a une augmentation significative du nombre de personnages. Les Vado Mori et les danses macabres partagent donc quelques points en commun: la complainte des mourants, une division des personnages en classes sociales et une séparation entre les laïcs et les clercs. Toutefois, la Mort est absente et personne ne réplique aux complaintes des mourants. On ne doit pas considérer les Vado Mori comme un ancêtre direct de la danse macabre, ni Le dit des trois vifs et des trois morts, ni les superstitions médiévales, et ni non plus les mystères, pièces de théâtre à sujet religieux jouées au Moyen-Âge. L'origine des danses macabres fait toujours l'objet de multiples théories. Une chose est sûre: le terme «danse macabre» était connu bien avant 1424 (c'est-à-dire avant la création de celle de Paris). Dans un poème de Jean Lefèvre, intitulé Le Respit de la mort, il est écrit:

Je fis de Macabre la danse,
Qui tout gent maine à sa trace
E a la fosse les adresse.

Encore une fois, de multiples interprétations sont possibles; mais il est raisonnable de penser que ce poète venait d'échapper à la mort. On croit que l'auteur aurait écrit ce poème au sortir d'une grave maladie.

La danse macabre de l'église de Kermaria
La danse macabre de l'église de Kermaria

Au Moyen-Âge, la danse macabre était conçue comme un avertissement pour les puissants et une source de réconfort pour les pauvres, un appel à tous pour une vie responsable et pieuse. Mais son motif de base est plus simple, plus intemporel: celui du caractère éphémère de la vie. Elle rappelle aux Hommes qu'ils sont tous destinés à mourir, sans exception. Rien d'étonnant à ce que tous les siècles depuis le Moyen-Âge aient eu leurs danses macabres.

Les danses macabres ne sont pas toujours associées à des fresques peintes ou encore des sculptures. Au 15e siècle les Espagnols ont composé des poèmes sur le thème de la danse macabre. Le plus célèbre est: La Dança generale de la Muerte, un huitain sous forme de dialogue entre la Mort et 33 personnages. La principale différence entre les danses macabres espagnoles et celles des autres pays est qu'il n'existe pas de représentations peintes de ces poèmes. Le poète Charles Baudelaire a aussi composé un poème intitulé "la danse macabre". Toutefois il est difficile de l'associer avec le thème véritable du genre, puisqu'il n'y a aucun dialogue entre la Mort et les vivants. Il s'agit davantage d'une description de l'entité qu'est la Mort. Le compositeur autrichien Frank Listz a aussi composé en 1849 une suite musicale intitulée "Totentanz". C'est une suite de variations libre sur le thème du Dias irae. En 1886, le pianiste et organiste français Camille Saint-Saëns a aussi composé un poème symphonique portant pour titre: la danse macabre.