Une autre conséquence du taux de mortalité élevé qu'entraînèrent les
épidémies de peste fut la naissance d'un autre thème: celui du triomphe de
la Mort. Alors que l'Allemagne et la France préféraient la danse macabre,
l'Italie portait ses goûts vers ce nouveau genre. L'esprit égalitaire est
toujours présent; comme dans la danse macabre et la légende des trois
morts et des trois vifs, la Mort s'empare des riches comme des pauvres.
Ici, la Mort n'est pas représentée dans une danse ordonnée, mais plutôt
dans un combat furieux avec les vivants. L'issue de la bataille est sans
équivoque; l'Homme sera vaincu par la Mort, c'est inéluctable.
Le triomphe de la Mort du Campo Santo à Pise
Au Campo Santo de Pise, ce thème macabre fait partie d'un ensemble
monumental qui comprend aussi une
Rencontre des trois vifs et des trois morts, une Vie des pères du
désert et un Combat entre anges et démons pour les âmes des morts. Malgré
l'absence de quelques fragments, disparus lors d'un incendie en 1944, ce
triomphe de la Mort est toujours en bon
état. Les spécialistes attribuent cette uvre, créée vers 1365, à
Francesco Traini ou à Buonamico Buffalmacco.
Ce triomphe de la Mort est animé par 10 vivants (6 hommes, 4 femmes)
insouciants. Certains jouent de la viole ou de la cithare, d'autres se
parlent des yeux; une femme caresse son petit chien, deux hommes portent
leurs faucons... Ce groupe ressemble grandement à la cavalcade de la
rencontre des trois vifs et
des trois morts. Contrastant avec ces heureuses gens, des
mendiants, des vieillards, des infirmes
et plusieurs cadavres empilés les uns sur les autres occupent la gauche du
tableau. Au-dessus d'eux, la Mort avance,
étrange et terrifiante. Il s'agit d'une figure féminine vêtue d'une longue
robe, couronnée de cheveux blancs et ailée comme une chauve-souris. Dans ses
mains, elle tient une immense faux, qu'elle brandit pour abattre les jeunes
nobles insouciants, ignorant au contraire les désespérés de ce monde qui
l'implorent de mettre fin à leurs souffrances. Cette uvre porte un
message bien cruel: la Faucheuse ne choisit pas toujours ceux qui la désirent.
Certaines images proviennent de photos en noir et blanc prises avant l'incendie
de 1944. Pour voir une photo couleur de cette peinture murale dans son intégralité,
cliquez ici (fichier
volumineux, 1.2MB).
Le triomphe de la Mort de Clusone
Cette fresque contient un imposant triomphe de la Mort auquel on a intégré
des éléments de la légende des trois vifs et des trois morts. Sous le
triomphe se trouve une danse macabre. Cette peinture murale date de 1485 et est
attribuée à Giacomo Borlone. Vous trouverez plus de détails dans la section
danse macabre.Cliquez ici
pour les lire.
Les quatre Chevaliers de l'Apocalypse
Exécutée en 1498, cette célèbre
gravure sur bois d'Albrecht Dürer est la quatrième d'une série de quinze
illustrant les révélations de St-Jean, qui prophétisait la fin du monde.
L'ensemble a pour titre: l'Apocalypse. Dans les Quatre
Chevaliers de l'Apocalypse, les cavaliers représentent, de gauche à
droite: la Mort, la Famine, la Discorde (parfois interprétée comme la
Pestilence) et la Guerre. Sous le regard d'un ange, les trois derniers
écrasent hommes et femmes de diverses classes sociales avec leurs
puissantes montures, alors que la Mort sous les traits d'un vieille homme
rachitique sur son cheval squelettique projette un évêque dans la bouche
d'un dragon sorti des entrailles de la Terre. Nous ne sommes pas devant
une scène de bataille, mais devant une destruction furieuse et
impitoyable.
Une caractéristique inhabituelle des gravures de
l'Apocalypse est l'absence de texte dans les illustrations, ce
qui conserve la puissance expressive de l'oeuvre (le texte étant imprimé
au verso). L'Apocalypse a été publiée par Dürer sans l'aide d'un
mécène. Il a conçu, gravé et édité lui-même cet ouvrage paru en deux
versions simultanées, une en allemand, l'autre en latin. Il s'agissait
d'une première à l'époque.
La Mort triomphante
Ce
dessin couleur sur parchemin d'un maître anonyme du début du 16e siècle
montre la Mort avec un arc et une flèche dans ses mains tendues,
triomphant sur le genre humain. À ses côtés se tiennent un homme et une
femme à moitié nus. À ses pieds gisent pêle-mêle les représentants des
classes cléricale et laïque, comme ceux des arts et des sciences - pape,
cardinal, évêque, abbé et curé; empereur, roi, comte, gentilhomme, soldat
et paysan; savant, usurier, peintre, musicien et enfant.
Le triomphe de la mort
Dans cette vision de fin du
monde, peinte par Pieter Bruegel le Vieux vers 1562, la Mort est au centre
du tableau. Elle est armée d'une faux et chevauche une monture décharnée.
Elle pousse des Hommes dans une caisse dont la porte est marquée d'une
croix - manifestement une trappe... Une horde de squelettes inonde ce
paysage; ils fauchent tous les Hommes sans exception, le roi comme la mère
et son nourrisson, le chevalier comme les belles dames, le paysan comme le
couple d'amants qui jouent de la musique sans remarquer la présence d'un
squelette derrière eux. Des joueurs de cartes se défendent à coups d'épée;
ils n'ont pas compris que toute résistance est futile. Le paysage reflète
cette mort: les arbres et l'herbe sont desséchés, derrière les collines un
feu infernal flambe, partout des squelettes massacrent des humains, par
noyade, par pendaison, par égorgement. Un homme sur le point d'être
décapité prie en vain, son chapelet dans les mains; toute promesse de
rédemption ou de résurrection est absente de ce tableau. Des squelettes
sonnent le glas, il n'y plus d'espoir.
La Mort triomphante
Cette Mort triomphante
d'Alfred Rethel fait partie d'une série de gravures intitulée Une
autre danse macabre de l'année 1848. Danse macabre qui en fait n'en
était pas véritablement une, la Mort ne formant pas un couple avec un
individu; la gravure porte bien son nom de «Mort triomphante». Devant les
ruines d'une maison, la Mort montée à cheval se promène. À ses pieds, des
hommes agonisent sur leur barricade que l'armée, à droite, vient de
canonner. À gauche, une femme et un enfant pleurent, sans doute la perte
d'un mari et père. Oeuvre inspirée par la répression sanglante de la
révolution de 1848, elle représente la Mort comme chef de file et seul
vainqueur de ce combat. Rethel avait ressenti la révolution comme une
sorte de danse de la Mort, de la même façon que des artistes jadis avaient
vécu la peste. Le cycle eut un immense retentissement, tant à l'étranger
qu'en Allemagne.
La Mort égorgeuse
Gravé par Alfred Rethel en 1851. Il n'y a pas que la peste qui ait fourni
une occasion pour la création d'un nouveau genre artistique; au 19e
siècle, une autre plaie recouvrit l'Europe en vagues: le choléra. Rethel
dessina La Mort égorgeuse, en fit plus tard une gravure sur bois
très populaire, à partir d'un récit que le célèbre poète Heinrich Heine
avait fait de l'émergence soudaine de l'épidémie de choléra en l'an 1832,
pendant un bal masqué du carnaval de Paris. La Mort y joue d'une sorte de
violon, pendant que les musiciens fuient. Près d'eux, une silhouette
féminine décharnée, enveloppée d'un suaire: symbole de la maladie. Au
premier plan, des fêtards ont déjà succombé au fléau.