La danse macabre de Clusone

La danse macabre
de Clusone

English version






  • Signez mon livre d'or

  • Lisez mon livre d'or


Tous droits réservés (textes) 1996-2008 © Patrick Pollefeys


Il y se trouvait à Clusone un ordre de frères flagellants, les Disciplinaires. Leur nom provient de la discipline, un fouet qui servait à faire pénitence. La fresque de Clusone, datée de 1485, est située sur le mur extérieur de l'oratoire des Disciplinaires. Elle est attribuée à Giacomo Borlone. Elle se distingue des autres peintures murales du genre, en ceci que la danse macabre est surmontée d'un triomphe de la Mort auquel on a intégré des éléments de la légende des trois vifs et des trois morts. La danse macabre proprement dite a été fortement endommagée à l'extrémité droite, lorsqu'on a ajouté une porte à l'édifice.

La danse macabre a une allure rigide, voire statique; c'est davantage une procession, qui se dirige de la gauche vers la droite. Il n'y a pas de texte, ce qui rend l'identification de certains personnages difficile. La procession débutait avec trois personnages qui sont maintenant disparus; on ne les connaît aujourd'hui que par des gravures antérieures à l'ajout de la porte. Comme le personnage suivant est à peine visible, son identification est hasardeuse. Suit un jeune homme avec un parchemin entre les mains - un étudiant? Puis vient un personnage richement vêtu qui porte sa main dans une large sacoche: il s'agit probablement du marchand. Viennent ensuite un héraut et un aubergiste. Le suivant est probablement un pèlerin; on remarque bien son bâton de marche et sa besace. À voir l'instrument de mortification que l'avant-dernier personnage porte sur son épaule, on devine qu'il doit s'agir d'un flagellant. La danse macabre se termine avec une femme qui sort d'un ossuaire et se regarde dans un miroir. S'agit-il vraiment d'un ossuaire? Le lieu n'est pas rempli d'ossements, mais de femmes... Historiquement, les femmes venaient toujours en dernier dans les processions des Disciplinaires. Les morts encore visibles sont au nombre de huit. Ce sont des squelettes; et si la façon dont ils sont représentés est plutòt élémentaire, leurs visages expressifs montrent bien l'ironie.

Au-dessus de la danse macabre, on retrouve un triomphe de la Mort avec des éléments du dit des trois vifs et des trois morts. Dans la partie droite de la fresque se tiennent sur un tombeau trois squelettes. Celui du centre est la Mort triomphante: ses bras sont tendus en signe de victoire et elle tient des phylactères. À sa gauche le second Mort, munie d'une haquebute, tient en joue la foule à ses pieds. L'autre Mort tire à l'arc: il a atteint de ses flèches l'un des hommes qui se trouvent dans le registre supérieur gauche. Cette partie de la fresque représente clairement les trois vivants de la légende des trois vifs et des trois morts: des chasseurs montés à cheval, accompagnés de chiens et d'un faucon. La différence majeure est que les vivants sont attaqués par un des Morts, ce qui n'arrive pas normalement dans la légende. L'un d'eux est même tué par la Mort-archère. Dans le tombeau sur lequel se tiennent les Morts, on voit le pape et l'empereur. Autour du tombeau, divers personnages tentent de séduire la Mort par des offrandes: le moine offre une bague, le roi sa couronne, l'évêque un plateau avec des pièces d'or, etc. Au sol gisent des vivants atteints mortellement par les projectiles des Morts. Pour admirer dans son intégralité la richesse des détails du registre supérieure de cette fresque, cliquez ici (fichier volumineux 0,5 meg). Vous pouvez consulter une analyse détaillée de cette peinture murale avec plusieurs références historiques en cliquant sur ce document. Une gracieuseté de Dott. Arch. Lorenza Martina Lòsego et Dott. Arch. Silvia Marazzi (Milan, Italie).