La danse macabre
de Kermaria

église Kermaria

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1996-2017 © Patrick Pollefeys

Le petit village de Kermaria (situé en Bretagne, dans le département des Côtes d'Armor) possède une chapelle dédiée à la Vierge Marie. Elle fut édifiée en plusieurs étapes entre le 13e et 15e siècle. Elle est réputée pour son porche orné de statues d'apôtres, d'un dit des trois vifs et des trois morts et aussi d'une danse macabre réalisée à la détrempe. Celle-ci aurait été exécutée entre 1488 et 1501 et badigeonnée au 18e siècle. Lorsqu'elle fut redécouverte, en 1856, par Charles de Taillart, elle était apparemment en bon état de conservation. Depuis, elle a beaucoup souffert de l'humidité.

Cette danse macabre débute près du choeur, au-dessus des arcades. Elle couvre les murs sud, ouest et nord. Elle est composée de 47 figures, certaines aujourd'hui entièrement disparues. Se détachant sur un fond brun-rouge, chaque personnage est encadré par deux colonnes peintes sur le mur. La fresque débutait avec un prédicateur (par les ans effacé), qui récitait un texte inspiré du poème de la danse macabre du cimetière des Saints-Innocents, à Paris. Les huitains en écriture gothique exprimant les propos du prédicateur, du cardinal, du roi, du patriarche, du connétable, de l'archévêque, du chevalier et de l'évêque sont quasi illisibles. Heureusement, ils ont été relevés en 1861. Ce texte est d'ailleurs disponible ici

Les squelettes sont plutôt monotones. Très peu portent des outils ou un linceul; ils ne se différencient les uns des autres que par la position du corps. L'un danse sur un seul pied, l'autre se croise les jambes, un autre encore se tient les jambes écartées, etc. Le crâne de certains semble déformé, voire disproportionné. Il est possible que l'artiste ait voulu doter les squelettes d'un masque afin d'amplifier le sentiment d'horreur.

Côté sud
La farandole débute avec un fragment du squelette qui accompagne le pape, dont on n'aperçoit plus que le haut du corps. La danse se poursuit en alternant laïques et ecclésiastiques:
- L'empereur Ce personnage et sa Mort sont endommagés.
- Le cardinal Il n'en reste qu'une moitié; sa Mort a disparu.
- Le roi
- Le patriarche
- Le connétable
- L'archevêque Étrangement, le cadavre à sa droite porte le linceul. De toute cette danse macabre, c'est le seul à être ainsi vêtu.
- Le chevalier
- La Mort à la houe Ici, la farandole se brise. Le cadavre tient bien le bras du chevalier (à gauche), mais ne s'empare pas de celui du danseur suivant, qui est l'évêque. Il porte plutôt une houe à l'épaule.
- L'évêque En bon état, mais sa Mort est partiellement endommagée.
- L'écuyer et l'abbé Ces deux personnages et le squelette qui les séparait ont complètement disparu lorsqu'on a percé une fenêtre dans le mur ouest de l'église.

Côté ouest
La farandole se poursuivait sur le mur ouest avec deux danseurs, de nos jours malheureusement disparus. Grâce à une description effectuée avant les changements structuraux dans ce mur, on connaît leur identité; à gauche de la fenêtre se trouvait le bailli (dont il reste qu'un pied) et à droite, l'astrologue (disparu tout entier).

Côté nord
- Le bourgeois à sa gauche se trouvait jadis son squelette. Fait à noter, le bourgeois termine une série de trois personnages consécutifs appartenant à la laïcité, après le bailli et l'astrologue.
- Le chartreux
- Le sergent
- Le médecin À la droite du médecin se trouve le personnage le plus étrange de cette danse macabre. Plusieurs sources croient qu'il s'agit d'une femme. Lorsqu'on porte attention aux courbes de cette figure, on ne peut qu'en conclure qu'il s'agit effectivement d'une figure féminine! Cette théorie suppose une entorse à l'alternance mort / vivant, ce qui n'est pas impossible: l'usurier et le pauvre, par exemple, sont toujours peints ensemble, sans squelette pour les séparer. Mais pourquoi peindre une femme près du médecin? D'habitude, dans les danses macabres, les femmes sont soit des aristocrates de haut rang, soit des êtres "inférieurs" - mère, aubergiste - relégués à la toute fin de la farandole. Il serait étonnant d'en trouver une près du médecin, qui occupe une place enviable dans l'échelle sociale. À mon sens, il serait plus logique de voir dans cette figure une représentation féminine de la Mort. Elle ressemble étrangement à la figure de la Mort noire dans la fresque de Lavaudieu... Toutefois, le mystère plane à savoir pourquoi l'artiste a choisi de peindre ce personnage de cette façon.
- L'usurier et le pauvre Comme dans bien d'autres danses macabres, les deux personnages sont représentés ensemble.
- L'amoureux Notez à quel point le crâne du cadavre entre l'amoureux et le musicien a des traits de batracien...
- Le musicien Une cornemuse traîne aux pieds du musicien.
- Le paysan Le laboureur porte une bêche.
- Le cordelier
- L'enfant Disparu tout entier, à l'exception d'une main. Il ne reste que sa Mort. Je me permets toutefois de soulever une objection sur l'identité de ce dernier vivant. En regardant attentivement le relevé d'Alexandre Denuelle, on constate que la main du soi-disant enfant est peinte à la même hauteur que celle des adultes de la danse. Cela m'apparaît un peu haut. Pourrait-il s'agir alors d'une mère avec enfant, d'un clerc ou d'un ermite? Ces deux derniers personnages, en effet, closent la danse macabre de Paris.

En 1861, Alexandre Denuelle a dessiné un relevé de la danse macabre de Kermaria. Vous pouvez le visualiser en cliquant sur l'image ci-dessous.

Relevé Alexandre Denuelle